Les banques avaient pourtant consenti un effort considérable pour sauver GiFi. En janvier 2025, BNP Paribas et Crédit agricole avaient accepté d'effacer 470 millions d'euros de dettes en échange de 40 % du capital. Moins de deux ans plus tard, l'enseigne fondée par Philippe Ginestet en 1981 se retrouve au bord du dépôt de bilan. Mardi 20 octobre, son nouveau dirigeant, Patrick Puy, a annoncé aux 6 000 salariés qu'il allait demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire devant le tribunal de commerce de Toulouse.
Dans un courrier consulté par l'AFP, Patrick Puy invoque un marché qui « s'est nettement dégradé au cours de l'été ». Le dirigeant assure vouloir protéger l'activité et précise qu'« aucun nouveau PSE n'est engagé à ce stade ». Les magasins resteront ouverts, au moins dans l'immédiat. Selon La Dépêche du Midi, une première audience serait prévue vendredi 23 octobre, avant une décision attendue le 3 novembre.
Un logiciel défaillant à l'origine de la descente aux enfers
La crise remonte notamment à juin 2023, lorsque GiFi entreprend de remplacer son système informatique de gestion des stocks et des commandes. La migration tourne au fiasco. Les approvisionnements sont désorganisés, des rayons se retrouvent insuffisamment fournis et les ventes plongent. L'enseigne, déjà éprouvée par les fermetures pendant la pandémie, accumule les difficultés financières.
Le sauvetage négocié début 2025 devait lui permettre de retrouver des marges de manœuvre. Mais les pertes auraient encore avoisiné 100 millions d'euros l'an dernier. Début octobre, les représentants du personnel ont déclenché un droit d'alerte économique pour obtenir des explications sur la trésorerie. Les banques, désormais actionnaires, auraient refusé de remettre de l'argent dans l'entreprise.
Action et Temu ont bouleversé le marché du bazar
Les difficultés internes ont accéléré le décrochage commercial de GiFi. Dans les zones commerciales où la chaîne s'était imposée grâce à ses articles de décoration et d'équipement à petits prix, Action attire désormais une clientèle massive avec un modèle fondé sur des volumes importants et des prix particulièrement agressifs. Sur Internet, Temu accentue la pression sur les marges.
GiFi a tenté de réduire la voilure en négociant la cession d'une trentaine de magasins à Grand Frais. Un projet de réduction des effectifs de 5 %, envisagé en 2025, avait finalement été interrompu. La nomination de Patrick Puy, spécialiste des entreprises en crise passé notamment par Moulinex, Vivarte et Go Sport, constitue le quatrième changement de dirigeant en deux ans.
À Villeneuve-sur-Lot, 600 salariés attendent de connaître leur sort
Dans cette commune de 22 000 habitants du Lot-et-Garonne, où se trouve le siège historique de GiFi, la crise dépasse largement les magasins. L'entreprise emploie environ 600 personnes sur place et fait vivre de nombreux fournisseurs et prestataires.
« On ne sait pas ce qui se passe et ce qui nous attend », confie à l'AFP une salariée présente depuis douze ans. Guillaume Lepers, maire de Villeneuve-sur-Lot et ancien directeur des achats de l'enseigne, reconnaît qu'il faudra « certainement redimensionner l'entreprise ». Il entend notamment défendre le maintien de la centrale d'achat sur le territoire.
La députée Émeline Rey-Rinchet doit interpeller le gouvernement ce mercredi à l'Assemblée nationale. À Toulouse, le tribunal devra déterminer si GiFi peut poursuivre son activité sous protection judiciaire et dans quelles conditions ses créanciers pourront être remboursés.






