Près d’un mois après le début de la contestation lycéenne, le mouvement entend franchir une nouvelle étape ce mardi 13 octobre. Baptisée « acte V », cette journée de manifestations doit rassembler lycéens, étudiants et personnels de l’Éducation nationale dans plusieurs dizaines de villes françaises. Selon des estimations policières rapportées par la presse, entre 130 000 et 200 000 personnes pourraient descendre dans la rue, dont plusieurs dizaines de milliers à Paris.

Cette nouvelle mobilisation intervient après deux journées d’action particulièrement suivies. Le 6 octobre, 266 000 manifestants avaient été recensés par les autorités, contre 450 000 selon les organisateurs. Deux jours plus tard, les cortèges réunissaient encore 71 500 personnes. Malgré un recul des blocages quotidiens, les organisations lycéennes espèrent désormais transformer cette contestation scolaire en un mouvement social plus large.

Des enseignants aux parents, la mobilisation dépasse les lycées

Initialement centrée sur le manque de moyens dans les établissements, la contestation a progressivement fédéré d’autres acteurs de la communauté éducative. La FSU, l’UNSA Éducation, Force ouvrière, la CFDT, la CGT et SUD Éducation appellent notamment les personnels à se mobiliser, y compris par la grève. Les enseignants réclament davantage de recrutements, une amélioration des conditions de travail et l’annulation des suppressions de postes envisagées dans le budget 2027.

La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) a également annoncé sa participation aux manifestations. Les revendications des familles rejoignent largement celles des adolescents : classes surchargées, bâtiments dégradés, absences non remplacées et journées scolaires jugées excessivement longues. La contestation vise aussi Parcoursup, accusé par les organisations étudiantes d'accentuer les inégalités dans l'accès à l'enseignement supérieur.

Face à cette mobilisation, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a promis le déploiement en urgence de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus touchés. Une première réponse insuffisante pour les organisations lycéennes, qui réclament toujours un plan d’investissement de 10 milliards d’euros. Le gouvernement assure néanmoins constater un essoufflement du mouvement : lundi 12 octobre, 130 lycées étaient fermés, contre 172 le vendredi précédent.

Gilets jaunes et agriculteurs, le spectre d’une convergence des luttes

Au-delà des revendications scolaires, plusieurs organisations entendent profiter de la mobilisation pour faire entendre leurs propres préoccupations. Des syndicats de salariés, des collectifs dénonçant les violences policières et la Confédération paysanne figurent parmi les soutiens annoncés. La France insoumise a également appelé à rejoindre les cortèges, accentuant la dimension politique d’une contestation née dans les établissements scolaires.

Le choix de l’expression « acte V » n’est pas anodin. Il rappelle les mobilisations des Gilets jaunes, dont certains sympathisants appellent à manifester le samedi 17 octobre contre la vie chère, notamment sur fond de hausse des prix du carburant. La perspective d’un rapprochement entre les deux mouvements alimente les inquiétudes de l’exécutif, même si les appels diffusés sur les réseaux sociaux ne témoignent pas, à ce stade, d’une véritable coordination nationale.

Cette convergence reste d’ailleurs loin de faire l’unanimité dans le monde syndical. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a mis en garde contre le risque de diluer les revendications dans une contestation trop générale. Les revendications des lycéens, des agriculteurs et des Gilets jaunes répondent à des préoccupations différentes, même si elles traduisent toutes, à des degrés divers, une défiance envers les politiques publiques.

Une réponse gouvernementale encore insuffisante pour calmer la colère

Les violences survenues en marge des dernières manifestations compliquent également la situation. Le 8 octobre, 504 personnes ont été interpellées et 48 policiers et gendarmes blessés, selon le ministère de l’Intérieur. Plusieurs adolescents ont par ailleurs été grièvement blessés depuis le début du mouvement, alimentant les accusations de violences policières. Lundi 12 octobre, le ministère de l’Éducation nationale dénonçait aussi une multiplication des agressions contre ses personnels.

Emmanuel Macron a appelé les manifestants à défiler « dans le calme, dans l’ordre et dans le respect à la fois des personnes et des biens ». De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu promet de reprendre certaines propositions issues de la consultation nationale des lycéens dans le projet de budget pour 2027. Près des trois quarts des contributions concernent les emplois du temps, tandis qu’environ la moitié évoquent l’état des bâtiments scolaires.