Le ministère de l'Intérieur attendait au maximum 200 000 manifestants. Ils ont finalement été 550 000, selon les chiffres officiels, à défiler samedi 17 octobre contre la vie chère et la dégradation des services publics. Une erreur d'anticipation majeure, qui a laissé les forces de l'ordre débordées à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Pillages, incendies et affrontements ont accompagné une mobilisation née plusieurs semaines plus tôt dans les lycées, avant de rallier syndicats et Gilets jaunes.

Les conséquences de cette journée continuent de secouer l'exécutif quatre jours après cette journée du 17 octobre. Plus de 2 400 personnes ont été interpellées depuis le début des troubles, tandis que les autorités ont instauré des couvre-feux dans plusieurs villes. Emmanuel Macron a refusé la démission de son ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, pourtant directement responsable pour la gestion du dispositif policier.

Les renseignements avaient pourtant alerté sur les violences

Selon les informations du Monde, une note du renseignement territorial datée du 16 octobre évoquait un « risque de violences urbaines élevé, notamment dans l'après-midi du 17 octobre ». Mais les services n'avaient pas anticipé l'ampleur du mouvement. Leur première estimation, comprise entre 60 000 et 110 000 participants hors Paris, avait été réévaluée à 200 000 personnes au niveau national.

À Marseille et à Lyon, des policiers ont dû reculer face à des groupes mobiles de casseurs. À Bordeaux, le RAID a été déployé, tandis qu'à Limoges, la mairie a été incendiée. Sébastien Lecornu a reconnu mardi devant les députés un dispositif « trop statique et pas assez mobile ». Près d'un millier de membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon les derniers bilans rapportés dans la presse.

La réponse sécuritaire divise jusqu'aux oppositions

Pour prévenir de nouveaux débordements, des couvre-feux ciblés ont été instaurés à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et Nice. Le ministre chargé des PME, Serge Papin, évalue à « sans doute 3 000 au moins » le nombre de commerces touchés et promet un fonds de soutien spécifique.

Les conditions des interpellations suscitent parallèlement des critiques. Le Défenseur des droits a reçu 46 saisines depuis le début du mouvement lycéen, dont plus d'une dizaine concernant les 17 et 18 octobre. Plusieurs procédures portent sur l'usage de la force, alors qu'un adolescent de 17 ans a perdu une main lors des affrontements à Saint-Étienne.

Matignon cherche une issue à une crise devenue politique

Sébastien Lecornu doit réunir les organisations syndicales mercredi, puis les partis politiques jeudi. L'initiative suscite déjà de vives critiques. Jordan Bardella dénonce un « conseil de classe », tandis que Marine Tondelier reproche au Premier ministre de ne rien proposer sur le fond. « A aucun moment, en deux pages, il nous parle de comment on sort de la crise sociale », a dénoncé la dirigeante écologiste.

Le mouvement pourrait encore prendre de l'ampleur. Les Gilets jaunes ont déposé une déclaration de manifestation pour samedi 24 octobre à Paris, tandis que les syndicats réclament des mesures sur les salaires et les services publics. La FCPE demande notamment un moratoire sur les suppressions de postes d'enseignants, à l'origine d'une partie de la mobilisation lycéenne.