Deux millions d'euros. C'est le montant provisoire des travaux nécessaires au seul lycée Nelson Mandela de Nantes, dont le hall d'entrée a été ravagé par un incendie le 1er octobre. L'établissement doit rester fermé jusqu'aux vacances de la Toussaint, contraignant ses élèves à poursuivre les cours à distance. Ailleurs en France, les collectivités commencent également à mesurer le coût des violences commises en marge de la mobilisation lycéenne.
Face à l'ampleur des dégradations, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, veut mettre les familles à contribution. Le 2 octobre, il a demandé aux procureurs d'engager, chaque fois que cela est possible, la responsabilité civile des parents dont les enfants mineurs ont participé aux destructions. Une annonce qui repose sur un mécanisme juridique ancien, mais dont l'application pourrait s'avérer moins directe que ne le laisse entendre le gouvernement.
Jusqu'à 30 millions d'euros de dégâts en Auvergne-Rhône-Alpes
La facture s'alourdit à mesure que les établissements évaluent leurs dommages. Le 2 octobre, la région Île-de-France estimait à sept millions d'euros le montant des dégradations. En Auvergne-Rhône-Alpes, les premières évaluations oscillaient entre 25 et 30 millions d'euros, un périmètre comprenant également les abords des lycées et les véhicules endommagés.
Dans les Pays de la Loire, l'incendie du lycée Nelson Mandela constitue l'un des exemples les plus spectaculaires. La destruction de son hall empêche l'accueil des élèves dans des conditions normales de sécurité. Au coût des réparations s'ajoutent ainsi les conséquences pédagogiques et les dépenses nécessaires à la réorganisation des enseignements.
Ces montants ne constituent pas encore un bilan définitif. Les expertises doivent notamment déterminer l'étendue des dommages, le coût de remise aux normes des bâtiments et les conditions de leur réouverture. Les régions, compétentes pour la construction, l'entretien et l'équipement des lycées, se retrouvent en première ligne.
Les parents responsables, même s'ils n'ont commis aucune faute
Le principe invoqué par Gérald Darmanin figure déjà dans le Code civil. Depuis sa modification en juin 2025, l'article 1242 prévoit que les parents exerçant l'autorité parentale sont, de plein droit, solidairement responsables des dommages causés par leurs enfants mineurs, sauf lorsque ceux-ci ont été confiés à un tiers par décision administrative ou judiciaire.
Cette responsabilité ne suppose donc pas de démontrer que les parents ont encouragé les dégradations ou manqué à leur devoir de surveillance. Encore faut-il établir l'implication de leur enfant dans les dommages dont la réparation est demandée. La simple participation à un blocage ne suffit pas à rendre une famille responsable de l'ensemble des destructions survenues dans un établissement.
L'annonce du ministre se heurte également à une difficulté procédurale. Dans une analyse publiée le 7 octobre, les juristes Guillaume Baticle, Paul Morris et Jean-Baptiste Thierry rappellent que le ministère public ne peut pas réclamer lui-même l'indemnisation à la place des victimes. Celles-ci doivent exercer leur action civile, notamment en se constituant parties civiles.
Les collectivités propriétaires des bâtiments disposent ainsi d'une possibilité de recours, sous réserve d'identifier les responsables et d'établir les préjudices. Le garde des Sceaux a d'ailleurs annoncé vouloir rappeler aux présidents de région cette faculté.
Les assureurs pourraient finalement régler une partie de la facture
Reste la question du paiement effectif. Contrairement à ce que pourrait laisser croire la volonté gouvernementale de faire payer les parents, les familles ne sont pas nécessairement appelées à régler directement les réparations sur leur patrimoine.
La plupart des contrats d'assurance multirisque habitation comportent une garantie de responsabilité civile familiale. Celle-ci peut intervenir lorsqu'un enfant mineur cause des dommages à un tiers. Les conditions de prise en charge dépendent toutefois du contrat, des circonstances des faits et des éventuelles exclusions de garantie.
La distinction entre la responsabilité personnelle du mineur, auteur d'un acte intentionnel, et celle de ses parents est déterminante. Une exclusion applicable à l'auteur des dégradations ne signifie pas automatiquement que l'assureur peut refuser de couvrir la responsabilité civile de ses parents.
Les victimes peuvent donc être indemnisées par les compagnies d'assurance lorsque les garanties s'appliquent. En revanche, l'absence de couverture ou un litige sur les conditions du contrat peuvent laisser aux familles une charge financière importante.






