Les forces de l’ordre abordent avec inquiétude la journée du samedi 17 octobre. Alors que les appels à manifester se multiplient sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, le ministère de l’Intérieur a recensé jeudi 250 actions envisagées sur l’ensemble du territoire, auxquelles pourraient s’ajouter une soixantaine de rassemblements encore en préparation. Des manifestations classiques aux occupations de ronds-points, en passant par d’éventuels blocages d’axes routiers, les autorités peinent à déterminer l’ampleur réelle de cette mobilisation.

Initialement lancée autour du pouvoir d’achat et de la hausse des carburants, la contestation pourrait désormais agréger plusieurs mouvements, notamment les Gilets jaunes et les lycéens mobilisés depuis la rentrée. Cette convergence, encore incertaine, inquiète d’autant plus les services de renseignement que les dernières manifestations étudiantes ont été émaillées d’affrontements avec les forces de l’ordre.

« On prévoit le pire », prévient le syndicat Alliance

Invité de BFMTV jeudi, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général du syndicat Alliance Police nationale, a livré une appréciation particulièrement alarmiste de la situation. « On la voit comme une journée noire, on prévoit le pire, les renseignements le savent déjà », a-t-il déclaré, allant jusqu’à redouter une journée marquée par le « chaos » et l’« insurrection ». Des propos qui traduisent l’inquiétude du syndicat, sans pour autant préjuger de la tournure que prendront les manifestations.

La principale difficulté tient à la nature particulièrement éclatée du mouvement. Contrairement aux mobilisations syndicales traditionnelles, les appels du 17 octobre circulent largement sur TikTok, Instagram et dans des groupes militants, sans véritable coordination nationale. Cette organisation décentralisée complique le travail des renseignements territoriaux, qui doivent distinguer les initiatives susceptibles de rassembler plusieurs milliers de personnes des appels restant sans lendemain.

À Paris, les autorités anticipent entre 20 000 et 40 000 manifestants, selon les estimations rapportées jeudi par Public Sénat. Dans plusieurs grandes villes, notamment Nantes, Rennes, Toulouse, Lyon ou Grenoble, les services de renseignement surveillent également les risques d'infiltration des cortèges par des groupes violents. Les autorités évoquent, selon les villes, la possible présence de plusieurs dizaines d'individus issus de la mouvance black bloc.

Des itinéraires déjà refusés à Paris

Pour préparer cette échéance, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a réuni jeudi les responsables de la police, de la gendarmerie, de la préfecture de police de Paris et des services de renseignement. Une nouvelle réunion avec les préfets est prévue vendredi afin de préciser les dispositifs locaux et les consignes de maintien de l’ordre.

Dans la capitale, la préfecture de police a déjà refusé plusieurs itinéraires déclarés par les organisateurs. Le collectif Interfac Île-de-France souhaitait notamment défiler de la place de la République à la place de la Concorde, un parcours jugé trop sensible par les autorités. Un trajet alternatif vers Nation lui a été proposé. Un autre cortège, associant des Gilets jaunes et des organisations syndicales, fait également l’objet de discussions sur son itinéraire.

Les consignes transmises par le ministère distinguent les manifestations pacifiques, qui devront être sécurisées, des actions susceptibles de perturber durablement l'activité économique ou les déplacements. Les blocages prolongés d'infrastructures et d'axes de circulation, ainsi que les tentatives de dégradation, devront faire l'objet d'une intervention rapide des forces de l'ordre. Une vigilance particulière porte sur les grandes agglomérations, où la multiplication de rassemblements distincts pourrait compliquer la répartition des effectifs.

Une mobilisation lycéenne qui accroît les tensions

La journée du 17 octobre intervient dans un climat déjà dégradé entre une partie de la jeunesse et les forces de l’ordre. Depuis la mi-septembre, les manifestations et les blocages de lycées se succèdent pour dénoncer les conditions d’enseignement, les suppressions de moyens et les inégalités entre établissements. Mardi 13 octobre, le ministère de l'Intérieur a recensé 161 500 manifestants, contre 480 000 revendiqués par les organisations mobilisées.

Les incidents survenus au cours des dernières semaines pèsent également sur la préparation du dispositif. Plus de 6 800 personnes, dont une large majorité de mineurs, ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, selon les chiffres relayés mercredi par Euronews. Plusieurs blessures graves lors d'interventions policières ont parallèlement entraîné l'ouverture d'enquêtes administratives et judiciaires, ravivant les critiques sur les méthodes de maintien de l'ordre.

Reste une inconnue déterminante pour les autorités : la capacité des différents mouvements à transformer les appels diffusés en ligne en une mobilisation nationale d'ampleur. Si les services de renseignement redoutent une convergence des contestations et de possibles débordements, le nombre de participants comme la nature des actions restent difficiles à anticiper. C'est précisément cette incertitude qui complique, à quarante-huit heures des rassemblements, la préparation des forces de l'ordre.