Avec 53 jours de vagues de chaleur, une sécheresse exceptionnelle et des incendies d'une ampleur inédite, l'été 2026 pourrait laisser une facture particulièrement lourde à l'économie française. Dans un rapport présenté le 5 octobre, le député Éric Coquerel, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, évalue à au moins 16 milliards d'euros les conséquences économiques des événements climatiques de ces derniers mois. Une estimation supérieure aux 10 à 15 milliards d'euros avancés dès le mois d'août par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.

Les données de Météo-France confirment le caractère exceptionnel de cette période estivale. Avec une température moyenne de 24 degrés, supérieure de 3,6 degrés aux normales saisonnières, l'été 2026 est devenu le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis 1900, devant ceux de 2003 et de 2022. Trois vagues de chaleur se sont succédé entre juin et août, tandis que les précipitations ont été inférieures de près de 40 % aux normales, provoquant une sécheresse des sols sans précédent à l'échelle nationale.

L'agriculture concentre les pertes les plus importantes

Dans son rapport, Éric Coquerel distingue plusieurs catégories de dommages économiques, dont le ralentissement de l'activité représenterait à lui seul près de 3 milliards d'euros. Les évaluations de l'Insee et de la Direction générale du Trésor font état d'une perte d'environ 0,1 point de produit intérieur brut, liée notamment aux difficultés rencontrées par l'agriculture et le bâtiment. Les arrêts de chantier provoqués par les fortes chaleurs ont ainsi fortement augmenté, même si une partie des travaux a pu être reportée plutôt que définitivement annulée.

Les pertes supportées directement par les entreprises et les particuliers pourraient dépasser 11 milliards d'euros, dont près de 10 milliards pour le seul secteur agricole, selon les estimations reprises par la mission parlementaire. Le montant demeure toutefois particulièrement incertain, les chiffres avancés par les organisations professionnelles agricoles ne reposant pas sur une méthodologie détaillée dans le rapport. Les dommages assurés provoqués par les incendies représenteraient environ 500 millions d'euros, auxquels s'ajouteraient jusqu'à 800 millions d'euros de dépenses électriques supplémentaires liées à l'utilisation des ventilateurs et des climatiseurs.

Une facture publique d'au moins 2,5 milliards d'euros

Les conséquences des événements climatiques sur les finances publiques sont évaluées à au moins 2,5 milliards d'euros, entre les dispositifs de soutien aux agriculteurs, les dépenses sanitaires et les interventions contre les incendies. Dans le détail, le rapport recense notamment 1,3 milliard d'euros d'aides au secteur agricole, environ 700 millions d'euros de coûts sanitaires et au moins 300 millions d'euros de dépenses liées aux feux de forêt. Des charges supplémentaires qui viennent peser sur un budget de l'État déjà soumis à de fortes contraintes.

Le montant global de 16 milliards d'euros doit néanmoins être interprété avec prudence, dans la mesure où certaines catégories de pertes peuvent se recouper. L'addition des dommages économiques, des dépenses publiques et des pertes sectorielles comporte notamment un risque de double comptabilisation. Le rapport reconnaît lui-même que l'effet immédiat sur la croissance pourrait rester limité, malgré des conséquences considérables pour certaines filières. L'agriculture, particulièrement exposée à la sécheresse, ne représente en effet qu'environ 1,4 % de l'économie française.

Jusqu'à 158 milliards d'euros pour adapter le pays

Au-delà du bilan de l'été, la mission parlementaire estime que la France devrait consacrer entre 10 et 13,6 milliards d'euros de dépenses publiques à l'adaptation climatique dès 2027. Les investissements nécessaires concerneraient notamment la rénovation des bâtiments, la prévention des incendies, la protection des ressources en eau et l'adaptation des infrastructures aux températures extrêmes. Sur la période allant de 2027 à 2050, l'effort cumulé pourrait atteindre entre 117 et 158 milliards d'euros, dont une large part serait supportée par l'État.

Ces préconisations interviennent au moment où le gouvernement prépare un budget 2027 marqué par la recherche d'économies. Le projet présenté début octobre prévoit notamment une augmentation de 100 millions d'euros des moyens du Fonds national de gestion des risques en agriculture, dont l'enveloppe atteindrait 600 millions d'euros. Une progression qui demeure très inférieure aux besoins recensés par Éric Coquerel. Pour le président de la commission des finances, les événements de l'été démontrent la nécessité d'une réponse publique plus structurée, alors que Météo-France estime que des températures comparables à celles de 2026 pourraient devenir beaucoup plus fréquentes avec la poursuite du réchauffement climatique.