Les émeutes du 17 octobre auront coûté bien davantage à Carrefour que les vitrines brisées et les marchandises pillées. Mercredi 21 octobre, le géant français de la distribution a vu s'évaporer quelque 1,7 milliard d'euros de capitalisation boursière, son action chutant d'environ 15 % dans la matinée. Une dégringolade historique, la plus importante jamais enregistrée par le groupe en une seule séance selon Reuters, qui l'a placé à la dernière position du CAC 40.

La sanction des investisseurs intervient au lendemain de la publication des résultats trimestriels de Carrefour. Le groupe a prévenu que les violences survenues dans plusieurs grandes villes françaises pourraient amputer son résultat opérationnel de 80 à 200 millions d'euros cette année. Une cinquantaine de magasins ont été touchés, certains ayant subi d'importants pillages. Mais les dégradations ne représentent qu'une partie du problème : les couvre-feux, les fermetures anticipées et la baisse de fréquentation perturbent également l'activité commerciale.

Jusqu'à 60 % des bénéfices du dernier trimestre menacés

« Nous étions en bonne voie pour atteindre nos objectifs, mais la dégradation des conditions sociales et sécuritaires nous a obligés à dire aux investisseurs que nous ne pourrions plus les atteindre », a expliqué Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, mercredi sur France Inter.

Le groupe prévoit désormais une stagnation ou une légère progression de son bénéfice ajusté par action, alors qu'il anticipait auparavant une croissance proche de 10 %. Selon les analystes de Jefferies, les pertes liées aux troubles pourraient représenter jusqu'à 60 % du résultat opérationnel du dernier trimestre, traditionnellement porté par les achats de Noël.

La situation est d'autant plus préoccupante que la France représente environ la moitié du chiffre d'affaires du distributeur. Alexandre Bompard redoute également un recul des achats non essentiels. « Quand un pays souffre à ce point, [...] la consommation, notamment les dépenses discrétionnaires pour les fêtes de fin d'année, va être affectée », a-t-il averti.

Des difficultés bien antérieures aux violences

Pour les analystes financiers, les émeutes constituent toutefois une explication insuffisante à l'ampleur de la révision des prévisions. La banque JPMorgan pointe un « manque de dynamique sous-jacente » sur plusieurs marchés essentiels du groupe, notamment en France, en Espagne et au Brésil.

Carrefour avait pourtant enregistré une hausse de 2,3 % de ses ventes à périmètre comparable au troisième trimestre, pour atteindre 22,69 milliards d'euros. En France, la progression se limitait à 1,2 %, dans un contexte de consommation déjà fragilisé par la hausse des prix de l'énergie.

JPMorgan rappelle également que le distributeur n'avait pas abaissé ses prévisions pendant la mobilisation des Gilets jaunes de 2018 et 2019. Pour AlphaValue, les violences actuelles aggravent des tendances commerciales déjà fragiles. Les analystes s'interrogent donc sur la part réelle des émeutes dans la dégradation des perspectives financières.

À ces difficultés s'ajoutent les investissements nécessaires pour remettre en état les magasins endommagés. Le groupe doit également renforcer la sécurité de ses établissements alors qu'une nouvelle journée de mobilisation est annoncée samedi 24 octobre. Alexandre Bompard a demandé une meilleure protection des commerces, tout en reconnaissant que de nouvelles manifestations pourraient perturber l'activité même en l'absence de violences.