« Nous aussi, on fait partie de la France ! » Cette phrase d'une lycéenne guyanaise, rapportée le 13 octobre à l'Assemblée nationale par le député écologiste Steevy Gustave, résume le sentiment d'abandon qui accompagne la mobilisation des élèves ultramarins. Alors que les manifestations se multiplient depuis le 21 septembre dans l'Hexagone, à Mayotte et en Guyane, les protestations avaient commencé plusieurs semaines auparavant, sans rencontrer le même écho national.
Au lycée du Nord, à Mayotte, parents et enseignants avaient lancé un blocage dès le 31 août. L'établissement accueille 2 300 élèves dans des locaux initialement prévus pour 900. En Guyane, les premières revendications ont été déposées dès le 7 septembre, avant que le mouvement ne gagne plusieurs établissements de Cayenne, Kourou et Maripasoula au début du mois d'octobre.
« On n'est même pas dans les bonnes conditions pour préparer le bac »
Dans les lycées guyanais, les élèves décrivent un quotidien marqué par des bâtiments délabrés et des équipements défectueux. Au lycée Melkior-Garré, à Cayenne, Léonard, élève en STMG, évoque auprès de France-Guyane des plafonds menaçant de s'effondrer, des salles de sciences privées de climatisation depuis deux ans et des problèmes d'accès à l'eau. Dans le même établissement, Raïssa résume leur exaspération : « On veut du respect. »
Aux difficultés matérielles s'ajoutent des journées particulièrement éprouvantes. Maïra, lycéenne résidant à Roura, raconte à France-Guyane se lever à 4 heures pour rejoindre son établissement à 7 heures. Entre les cours et ses entraînements sportifs, elle ne retrouve parfois son domicile qu'à 22 ou 23 heures. Aux Antilles, certains élèves doivent également multiplier les correspondances entre bus et navettes maritimes, au risque de manquer des cours lorsque les transports sont perturbés.
Jusqu'à 58 % des contributions dénoncent la vétusté des bâtiments
Les témoignages recueillis sur le terrain rejoignent les chiffres présentés par le ministre de l'éducation nationale, Édouard Geffray, devant les députés le 13 octobre. Sur la plateforme gouvernementale destinée aux lycéens, la vétusté des établissements figure dans 58 % des contributions martiniquaises, 53 % des contributions guyanaises et 50 % des contributions guadeloupéennes.
La pénurie d'enseignants accentue ces difficultés. En Guyane, le SNES-FSU recensait plus de cent postes non pourvus dans le secondaire depuis la rentrée. En Guadeloupe, Noémie, 17 ans, confiait à L'Etudiant avoir déjà perdu plus de neuf heures de cours dans sa spécialité de sciences économiques et sociales, alors qu'elle prépare le baccalauréat et ses candidatures sur Parcoursup.
Une mobilisation entendue jusqu'à l'Assemblée nationale
La situation a finalement été évoquée lors des questions au gouvernement, mardi 13 octobre. Interpellé par Steevy Gustave, Édouard Geffray a reconnu l'ampleur des difficultés et annoncé que les investissements nécessaires seraient examinés avec les collectivités compétentes. À Mayotte, où l'État assure directement la construction des établissements, un nouveau lycée des métiers doit notamment ouvrir en mars 2027.
Mais cette reconnaissance institutionnelle contraste avec la faible visibilité médiatique dénoncée par les lycéens. Interrogée par L'Etudiant, Noémie constate que « les jeunes sont bien plus écoutés » dans l'Hexagone. Une différence d'attention que les manifestations de ces dernières semaines n'ont, pour l'heure, pas suffi à effacer.





