À 8 h 30, mercredi 28 octobre, une défaillance du système de sécurité ferroviaire provoque l'arrêt de plusieurs trains circulant sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, dans le centre de l'Espagne. Six minutes plus tard, un contrôleur du gestionnaire d'infrastructures Adif autorise un AVE de la compagnie nationale Renfe à reprendre normalement sa marche, alors qu'un autre train est toujours immobilisé sur la même voie, 25 kilomètres plus loin. À 8 h 53, les deux convois entrent en collision près de la gare d'Urda, dans la province de Tolède.

Le bilan provisoire communiqué par les autorités espagnoles fait état d'au moins 68 morts, dont 44 dans le train de la compagnie privée Iryo et 24 dans celui de Renfe. Plus de 100 personnes ont également été blessées. Au total, 544 passagers voyageaient à bord des deux trains, qui avaient quitté Madrid à quelques minutes d'intervalle pour rejoindre Séville. La collision constitue la deuxième catastrophe ferroviaire majeure sur cette ligne en neuf mois, après l'accident d'Adamuz, en janvier, qui avait fait 46 morts.

À 8 h 30, une panne informatique immobilise plusieurs trains

Le premier incident intervient sur un tronçon de 63 kilomètres de la ligne Madrid-Andalousie. Le système LZB, chargé de superviser en permanence la circulation et la vitesse des trains, cesse de fonctionner à la suite d'une défaillance informatique. Ce dispositif, utilisé sur cette infrastructure depuis son ouverture en 1992, permet notamment de déclencher automatiquement le freinage lorsqu'un risque est détecté. Sa panne entraîne l'arrêt de plusieurs convois présents dans le secteur.

Parmi eux figurent l'Iryo 6076, parti de la gare madrilène d'Atocha à 7 h 54 avec 147 passagers, et l'AVE 2080 de Renfe, qui transporte 397 voyageurs. Les deux trains circulent dans la même direction, vers Séville. Le premier se trouve à proximité de la gare d'Urda, tandis que le second est immobilisé environ 25 kilomètres derrière lui.

La défaillance du système automatique transfère la gestion de la circulation au centre de contrôle d'Adif, installé à Atocha. Les opérateurs doivent alors appliquer des procédures de sécurité particulières, notamment une circulation à vue, avec une vitesse maximale de 40 km/h dans les conditions concernées. Le respect de cette limitation doit permettre aux conducteurs de s'arrêter en présence d'un obstacle ou d'un autre train.

À 8 h 36, l'ordre de reprendre une marche normale

Six minutes après l'interruption du système, le centre de contrôle autorise l'AVE de Renfe à repartir. Les enregistrements des communications, consultés notamment par la télévision publique espagnole RTVE et le quotidien « El País », révèlent que l'opérateur demande au conducteur de déconnecter puis de reconnecter son équipement LZB avant de reprendre une circulation normale, sous le régime de signalisation de secours.

Cette instruction constitue désormais l'un des principaux éléments examinés par les enquêteurs. Au moment où elle est donnée, le train Iryo se trouve toujours sur la voie, à l'arrêt devant un signal d'entrée de la gare d'Urda. L'AVE aurait donc dû rester immobilisé ou respecter une procédure de circulation restrictive. Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a reconnu mercredi qu'une « décision erronée » avait été prise, évoquant une situation « inexplicable ».

Le train de Renfe reprend effectivement sa progression vers 8 h 42 ou 8 h 43, selon l'analyse des données de circulation publiée par plusieurs médias espagnols. Il accélère progressivement et atteint des vitesses supérieures à 200 km/h d'après les relevés étudiés par « El País ». Pendant ce temps, le centre de contrôle dispose d'informations indiquant la présence de l'Iryo sur la même voie. Selon les explications du ministre, un autre conducteur avait même rappelé aux opérateurs l'obligation de circuler à vue dans de telles circonstances.

À 8 h 48, la conductrice du train Iryo signale qu'elle est toujours immobilisée

Les communications entre le centre d'Adif et l'Iryo constituent un deuxième point déterminant de la chronologie. Vers 8 h 40 ou 8 h 41, la conductrice du train privé signale une perte de transmission et indique qu'elle se trouve devant le signal d'entrée d'Urda. Les opérateurs lui communiquent des instructions destinées à permettre la reprise de la circulation, mais le convoi ne parvient pas à redémarrer.

Vers 8 h 48, un nouvel échange confirme que les difficultés persistent. La conductrice explique au centre de contrôle que son train ne lui permet pas de réinitialiser le système LZB et qu'elle demeure immobilisée. Les opérateurs prennent connaissance de l'information, mais aucune instruction d'arrêt n'est transmise à l'AVE qui arrive derrière elle, selon les enregistrements disponibles. À cet instant, d'après les données analysées par le média espagnol « elDiario.es », les deux trains sont séparés d'environ 17 kilomètres.

Cinq minutes plus tard, vers 8 h 53, l'AVE percute l'arrière de l'Iryo au point kilométrique 118, à proximité d'Urda. Les données de positionnement examinées par « elDiario.es » situent l'impact entre 8 h 53 et 8 h 54. Une divergence subsiste toutefois avec le premier communiqué d'Iryo, qui mentionne une collision à 8 h 48. La vitesse exacte du train de Renfe au moment du choc reste à déterminer.

Trois voitures de l'Iryo précipitées dans un talus

La violence de l'impact provoque le déraillement de plusieurs voitures. Trois éléments du train Iryo quittent les rails et basculent dans un talus, tandis que la motrice de l'AVE est projetée de l'autre côté de la voie. La première voiture du train de Renfe est également gravement endommagée. Les secours découvrent des passagers coincés dans les débris, certains wagons étant devenus particulièrement difficiles d'accès.

Les autorités régionales annoncent progressivement un bilan de plus en plus lourd. En fin d'après-midi, le président de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, confirme au moins 68 décès et prévient que de nouvelles victimes pourraient être découvertes lors du déplacement des voitures accidentées. Les services d'urgence poursuivent leurs opérations avec l'appui de grues de grande capacité, tandis que la Guardia Civil commence à recueillir les témoignages et les éléments nécessaires à l'enquête.

Les investigations doivent notamment déterminer pourquoi le centre de contrôle a autorisé la reprise de la circulation de l'AVE malgré l'occupation de la voie et pourquoi aucun ordre de freinage n'a été transmis après les signalements de l'Iryo. Óscar Puente a précisé que les échanges et les décisions avaient été enregistrés, tout en refusant d'attribuer une responsabilité individuelle avant les conclusions des enquêteurs.

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a décrété trois jours de deuil national et promis que d'éventuelles négligences feraient l'objet de poursuites. La circulation des trains à grande vitesse entre Madrid et l'Andalousie a été interrompue, tandis que les enquêteurs de la Guardia Civil ont commencé à recueillir les déclarations des agents présents au centre de contrôle d'Atocha au moment de l'accident.