Le calendrier budgétaire risque de rattraper France 2030. Cinq ans après le lancement par Emmanuel Macron de ce programme de 54 milliards d’euros, les projets soutenus par l’État sont nombreux, mais les paiements restent très en retrait des engagements pris. Une évaluation de la Cour des comptes révélée mardi 27 octobre met en évidence le problème : il faudra financer dans les prochaines années une succession de décaissements alors que la France tente déjà de maîtriser son déficit public.
À la fin de 2025, les porteurs de 7 377 projets avaient signé des contrats portant sur 33,4 milliards d’euros d’aides, d’après les éléments de la juridiction financière rapportés par la presse. Les sommes effectivement versées n’atteignaient que 14 milliards. Ce décalage n’est pas anormal pour des usines, des programmes de recherche ou des infrastructures dont la réalisation prend plusieurs années. Il devient néanmoins sensible quand les engagements ont été pris plus rapidement que les crédits nécessaires à leur exécution ne sont ouverts.
Des subventions qui font porter le risque sur l’État
Le rapport critique le choix des instruments financiers. Les subventions représentent 82 % des aides de France 2030, contre 12 % pour les avances remboursables et 6 % pour les prises de participation. Une subvention peut déclencher un investissement privé risqué, mais elle n’assure pas à la puissance publique de retour direct si l’entreprise soutenue réussit. À l’inverse, une prise de participation permet, sous certaines conditions, de bénéficier de la création de valeur. La Cour estime que d’autres leviers, comme la commande publique ou la réglementation, ont été trop peu utilisés.
Les montants sont en outre très concentrés : un projet sur cent capte près de la moitié des crédits contractualisés. Les grands projets de batteries, de composants électroniques ou d’innovation industrielle nécessitent certes des financements importants. Leur poids accentue toutefois l’enjeu du suivi : un retard de chantier ou une révision à la baisse des investissements d’un gros bénéficiaire peut peser sur l’appréciation d’ensemble du programme. Selon les premières évaluations citées dans la presse, environ la moitié des projets auraient pu être menés sans l’aide reçue, même si celle-ci a parfois accéléré leur lancement.
Le gouvernement défend les retombées, la Cour demande des preuves
L’exécutif met en avant d’autres indicateurs. Dans son bilan de juillet, le gouvernement attribue à France 2030 quelque 12 milliards d’euros d’investissements supplémentaires, plus de 1 200 lauréats à fort potentiel technologique soutenus et plus de 220 000 personnes formées chaque année aux métiers d’avenir. Ces résultats témoignent d’une activité réelle, mais ils ne tranchent pas à eux seuls la question de l’efficacité économique nette des subventions : déterminer ce qui aurait été investi en l’absence d’aide reste un exercice difficile.
Le Sénat avait déjà signalé, dans ses travaux sur l’exécution budgétaire de 2025, un ralentissement des nouvelles aides attribuées et un important volume de crédits de paiement à ouvrir dans les années suivantes. La Cour, de son côté, évoque un « besoin de financement élevé à moyen terme ». Les choix annoncés pour recentrer les investissements sur quelques domaines stratégiques, notamment le quantique, le spatial, l’intelligence artificielle et la cybersécurité, devront aussi composer avec les contrats déjà signés.
Fin 2025, seuls 642 projets étaient achevés, selon les données reprises dans l’évaluation publiée mardi. Autre écart relevé par la Cour, et rapporté par Le Monde : pour 100 euros de fonds publics mobilisés, les partenaires ont investi 71 euros, alors que l’objectif initial était de 116 euros. Ce taux de financement privé constitue l’un des indicateurs sur lesquels sera jugée la capacité du programme à entraîner des investissements au-delà des seules subventions de l’État.



