La France emprunte à des conditions qu’elle n’avait plus connues depuis plus de vingt ans. Vendredi 16 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que la remontée des taux ne menaçait pas, à court terme, la capacité de l’État à se financer. Si ces conditions se prolongent, Paris devra néanmoins accélérer ses efforts pour réduire son déficit, alors que l’Assemblée nationale examine un budget 2027 très contesté.

Le rendement des obligations françaises à dix ans s’est rapproché de 4,9 %, avec un écart de près de 1,4 point par rapport à leurs équivalents allemands. Cette différence mesure le surcoût exigé pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne. Elle reflète la dégradation des finances publiques et les incertitudes politiques à six mois de l’élection présidentielle.

Un budget 2027 sous la surveillance des marchés

Interrogé par Reuters en marge des assemblées annuelles du FMI à Bangkok, Mateusz Szczurek, directeur du département Europe, souligne que le marché de la dette française reste liquide et que les créanciers sont diversifiés. La durée relativement longue des emprunts déjà contractés limite aussi l’effet immédiat de la hausse des taux : l’État ne refinance pas toute sa dette d’un seul coup.

Le problème apparaît lorsque les titres arrivent à échéance et doivent être remplacés par des emprunts plus coûteux. Le gouvernement prévoit un déficit public de 5,4 % du produit intérieur brut en 2026, puis de 5 % en 2027. Il s’est engagé auprès de ses partenaires européens à revenir sous la barre des 3 % en 2029. Pour le FMI, l’adoption dans les délais du budget de l’an prochain est essentielle, mais ne suffira pas sans trajectoire crédible pour les années suivantes.

La croissance ne devrait guère faciliter l’exercice. Le FMI n’attend plus que 0,4 % de progression de l’activité française cette année et 0,7 % en 2027, contre 0,9 % anticipé pour chacune de ces deux années au printemps. Dans la zone euro, la croissance prévue atteint respectivement 1,1 % et 1,2 %.

La Banque centrale européenne renvoie Paris à ses choix budgétaires

Mercredi, Christine Lagarde avait déjà rappelé que la réponse aux difficultés françaises devait d’abord venir de la politique budgétaire nationale. La présidente de la Banque centrale européenne n’a pas annoncé de soutien spécifique aux obligations françaises, malgré les interrogations sur une éventuelle intervention de l’institution.

Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a écarté mercredi l’hypothèse d’une nouvelle crise des dettes souveraines dans la zone euro. Les États disposent encore de temps pour agir grâce à l’échéancier de leurs emprunts, mais Bruxelles attend de Paris un budget adopté dans les délais.

L’agence Fitch a chiffré mardi l’ampleur de l’ajustement nécessaire pour stabiliser l’endettement. Selon ses calculs, la France devrait ramener son déficit primaire, avant paiement des intérêts, de 2,9 % à 0,4 % du PIB. Si les taux actuels se répercutaient intégralement sur le coût de la dette, un effort supplémentaire serait nécessaire. Il s’agit d’un scénario de long terme, non d’une facture immédiate.