Luiz Inácio Lula da Silva a remporté dimanche 25 octobre une victoire historique, mais sans véritable marge de manœuvre. Avec 51,79 % des suffrages contre 48,21 % pour Flávio Bolsonaro, le président brésilien de 80 ans obtient un quatrième mandat inédit, après avoir renversé une situation compromise au premier tour. Distancé de 2,2 millions de voix le 4 octobre, le dirigeant du Parti des travailleurs (PT) a finalement devancé son adversaire de 4,4 millions de suffrages, porté par une forte mobilisation de la gauche et une baisse de l'abstention.
Ce retournement électoral ne suffit toutefois pas à masquer les fractures du pays. Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, a refusé de reconnaître sa défaite et annoncé son intention de contester les résultats. Une première épreuve pour Luiz Inácio Lula da Silva, dont le prochain mandat s'annonce particulièrement conflictuel.
Un Congrès dominé par la droite
Le principal obstacle du président réélu se trouve au Parlement. Le Parti libéral, formation de Flávio Bolsonaro, disposera de 121 députés et de 28 sénateurs à partir de 2027, constituant le premier groupe dans chacune des deux chambres. La gauche, avec seulement 124 élus sur les 513 que compte la Chambre des députés, demeure très loin de la majorité nécessaire pour faire adopter les projets gouvernementaux.
Luiz Inácio Lula da Silva devra donc renouveler ses alliances avec les formations centristes, notamment le Mouvement démocratique brésilien et le Parti social démocratique, tout en multipliant les concessions politiques. La situation apparaît particulièrement délicate au Sénat, où une opposition renforcée pourrait bloquer certaines nominations à la Cour suprême et entraver l'agenda législatif du gouvernement.
Dette publique et inflation, l'équation impossible ?
Les difficultés économiques risquent également de réduire les ambitions du nouveau mandat. La dette publique brésilienne dépasse désormais 82 % du produit intérieur brut, tandis que les dépenses obligatoires absorbent plus de 92 % du budget fédéral. Une rigidité qui limite considérablement les possibilités d'investissement et complique le financement des engagements sociaux défendus pendant la campagne.
Avec une inflation proche de 4,6 % et des taux d'intérêt maintenus à 13,75 %, le gouvernement devra également répondre au surendettement des ménages et au ralentissement attendu de la croissance. Le président a promis de poursuivre la revalorisation du salaire minimum et les programmes d'aide aux plus modestes, mais les investisseurs réclament désormais des garanties sur la maîtrise des dépenses publiques. La mise en œuvre de la réforme fiscale, prévue à partir de janvier 2027, constituera un autre test majeur.
Une opposition radicalisée et des tensions avec Washington
La contestation des résultats par Flávio Bolsonaro ravive le spectre de la crise institutionnelle qui avait suivi la défaite de Jair Bolsonaro en 2022. Le candidat battu dénonce notamment la prolongation exceptionnelle de deux heures des opérations électorales, décidée après des difficultés d'accès aux transports publics. Si les autorités judiciaires écartent à ce stade la perspective d'une annulation du scrutin, cette offensive pourrait entretenir la mobilisation du camp conservateur.
Les relations avec Donald Trump constituent un autre défi de taille. Malgré plusieurs tentatives de rapprochement, les droits de douane américains frappant certaines exportations brésiliennes à hauteur de 37,5 % restent un sujet de confrontation. Brasilia entend obtenir leur réduction sans renoncer à son autonomie diplomatique, particulièrement dans ses relations avec la Chine et les BRICS. La compétition autour des minerais stratégiques pourrait également accentuer les pressions de Washington.
Sur le plan intérieur, Luiz Inácio Lula da Silva devra enfin préparer sa succession. À 80 ans, le président aborde ce qui devrait être son dernier mandat constitutionnellement possible avant l'élection de 2030. L'absence de successeur incontesté au sein du Parti des travailleurs ouvre déjà des interrogations sur l'avenir de la gauche brésilienne, alors que la droite conserve une implantation solide dans les États et au Parlement.


