La perspective d'un rapprochement entre Washington et Moscou aiguise les appétits des investisseurs. Alors que Donald Trump cherche à obtenir un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine, les négociations avec le Kremlin débordent largement le cadre diplomatique. En coulisses, plusieurs projets économiques portant sur des milliards de dollars sont à l'étude, notamment dans le secteur énergétique russe. Des opérations auxquelles s'intéressent des financiers ayant entretenu des relations d'affaires avec l'entourage du président américain.

Deux hommes occupent une place centrale dans ces échanges : Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, son gendre. Tous deux connaissent davantage les négociations immobilières et financières que les arcanes de la diplomatie. Leur proximité avec le président russe, Vladimir Poutine, s'inscrit dans une approche où les perspectives commerciales accompagnent les discussions sur un éventuel règlement du conflit ukrainien.

Lukoil, un marché de plusieurs milliards de dollars

Parmi les opérations envisagées figure le rachat d'actifs internationaux de Lukoil, deuxième producteur pétrolier russe. Selon le « New York Times », plusieurs investisseurs américains et moyen-orientaux étudient l'acquisition de participations dans les champs pétroliers, raffineries et réseaux de distribution du groupe, fragilisé par les sanctions occidentales.

Le milliardaire américain Todd Boehly, propriétaire du club de football Chelsea, compterait parmi les intéressés, aux côtés de groupes du Golfe ayant déjà entretenu des relations commerciales avec Jared Kushner ou la famille de Steve Witkoff. Les discussions porteraient sur un portefeuille d'actifs valorisé plusieurs milliards de dollars, dont la cession nécessiterait l'autorisation des autorités américaines.

L'intérêt de Moscou pour cette opération n'est pas uniquement financier. Lors d'échanges au Kremlin, Vladimir Poutine aurait lui-même abordé le dossier Lukoil, selon le quotidien américain. Une transaction impliquant des capitaux américains permettrait à la Russie de démontrer qu'une reprise des relations économiques avec Washington reste envisageable. Pour les acquéreurs potentiels, les sanctions créent parallèlement des opportunités d'acquisition d'actifs devenus difficiles à céder sur les marchés internationaux.

Le gaz russe dans le viseur des investisseurs

Le pétrole n'est pas le seul secteur concerné. Des discussions portent également sur une éventuelle participation américaine aux infrastructures gazières reliant la Russie à l'Europe, notamment les gazoducs Nord Stream. Selon Reuters, plusieurs investisseurs américains ont exploré la possibilité de reprendre des participations dans ces installations, dont l'exploitation reste suspendue depuis le début de la guerre.

Pour le Kremlin, un retour des capitaux américains constituerait un moyen de renouer progressivement avec les marchés occidentaux sans attendre une normalisation complète des relations avec l'Union européenne. Kirill Dmitriev, chargé du dialogue économique avec Washington, défend ainsi des coopérations dans le pétrole, le gaz, les minerais stratégiques et l'exploitation des ressources de l'Arctique.

Ces perspectives se heurtent néanmoins à plusieurs obstacles. Les sanctions américaines et européennes continuent d'encadrer strictement les transactions avec les entreprises russes, tandis que les Européens cherchent à réduire durablement leur dépendance énergétique à Moscou. Une reprise de l'exploitation de Nord Stream supposerait notamment des décisions politiques dépassant largement le cadre d'un accord entre investisseurs.

Des intérêts privés au cœur des discussions diplomatiques

La présence de Jared Kushner et Steve Witkoff dans les négociations alimente les interrogations sur les liens entre diplomatie et affaires privées. Le premier dirige Affinity Partners, un fonds d'investissement soutenu notamment par des capitaux du Golfe. Le second a bâti sa fortune dans l'immobilier et conserve des relations étroites avec plusieurs investisseurs internationaux.

Les projets évoqués ne démontrent toutefois pas que les deux négociateurs bénéficieraient personnellement des transactions envisagées. Ils mettent en évidence la porosité entre les réseaux financiers mobilisés autour de la Maison Blanche et les discussions économiques engagées avec Moscou.

Cette dimension commerciale répond également à une stratégie assumée du Kremlin. En proposant aux investisseurs américains l'accès à ses ressources naturelles et à ses infrastructures énergétiques, la Russie cherche à donner à Washington un intérêt économique direct à la reprise des relations bilatérales. Une démarche qui intervient alors que les négociations sur les garanties de sécurité de l'Ukraine, les territoires occupés et les conditions d'un éventuel cessez-le-feu demeurent particulièrement difficiles.