Les industriels de l'agroalimentaire vont devoir composer avec un nouvel élément dans les rayons des supermarchés en ligne. Depuis la rentrée, Intermarché affiche les notes de Yuka sur les produits de marques nationales proposés sur son site et son application, y compris lorsque les fabricants n'ont pas souhaité communiquer leur Nutri-Score. Carrefour, Chronodrive et plusieurs distributeurs spécialisés ont également adopté le dispositif. Au total, quatorze enseignes se sont engagées à intégrer les évaluations de l'application française, dont onze les proposent déjà à leurs clients.

Cette initiative intervient dans un marché alimentaire où la concurrence entre distributeurs reste particulièrement vive. Selon NielsenIQ, les achats en ligne représentent désormais 13,3 % des dépenses en produits de grande consommation. Face à des ménages toujours attentifs aux prix, les enseignes cherchent à se différencier en facilitant la comparaison des produits. L'affichage des notes nutritionnelles leur permet aussi de répondre à une préoccupation croissante sur la composition des aliments, près de dix ans après l'introduction du Nutri-Score en France.

Les fabricants ne peuvent plus choisir leur note

L'arrivée de Yuka dans les catalogues numériques modifie les rapports entre distributeurs et fournisseurs. Jusqu'ici, les industriels pouvaient notamment choisir de ne pas afficher le Nutri-Score, dont l'utilisation demeure facultative. Avec ce nouveau dispositif, les enseignes rendent accessibles des évaluations calculées indépendamment des fabricants, sans leur demander d'autorisation.

Intermarché assume cette démarche, malgré les réticences exprimées par certaines marques. Depuis septembre, les notes sont disponibles sur les références nationales vendues en ligne, après une première expérimentation portant sur 6.000 produits de marque propre. Chez Chronodrive, les clients peuvent même filtrer les résultats pour ne faire apparaître que les aliments bénéficiant des meilleures évaluations.

Pour les industriels, l'enjeu est commercial autant que réputationnel. Une mauvaise note, désormais visible avant même la consultation de la fiche produit, peut peser dans la comparaison entre deux références concurrentes. La grande distribution dispose ainsi d'un levier supplémentaire pour pousser ses fournisseurs à revoir leurs recettes, notamment sur les teneurs en sucre, en sel ou la présence d'additifs. L'effet réel de ces affichages sur les ventes reste cependant à mesurer.

Une influence croissante qui fait débat

En s'installant directement sur les sites marchands, Yuka franchit une nouvelle étape dans son développement. L'application, qui revendique 23 millions d'utilisateurs en France, ne dépend plus uniquement du réflexe des consommateurs de scanner les produits en magasin. Ses évaluations deviennent accessibles à tous les clients des enseignes partenaires, au moment de remplir leur panier.

Cette influence grandissante pose toutefois la question de la méthode retenue. Contrairement au Nutri-Score, fondé sur la composition nutritionnelle, Yuka accorde 30 % de son évaluation à la présence d'additifs et 10 % à la certification biologique. Une pondération qui peut conduire à pénaliser certains produits, même lorsque leurs caractéristiques nutritionnelles sont satisfaisantes.

Les réserves portent notamment sur la manière d'apprécier les risques associés aux additifs. Leur présence ne suffit pas à déterminer la dangerosité d'un aliment, qui dépend également des quantités consommées et de l'exposition globale. En intégrant ces évaluations à leurs catalogues, les distributeurs confèrent donc un poids commercial croissant à une notation privée, dont les critères ne font pas l'objet d'une validation réglementaire comparable à celle du Nutri-Score.