La multiplication des blessures graves et des enquêtes judiciaires n'a pas infléchi le discours de Laurent Nuñez. Depuis le début de la mobilisation lycéenne, à la mi-septembre, le ministre de l'Intérieur défend sans relâche l'action des forces de l'ordre, confrontées selon lui à des situations relevant davantage des « violences urbaines » que de manifestations traditionnelles. Une position réaffirmée mardi 13 octobre devant les sénateurs, alors que les critiques se multiplient sur les méthodes employées contre des manifestants souvent mineurs.
Le bilan des dernières semaines nourrit pourtant la controverse. Près de 8.000 gardes à vue ont été recensées depuis le début du mouvement, tandis que plusieurs adolescents ont subi des blessures irréversibles. À Lens, un lycéen de 15 ans a perdu une main après l'explosion d'une grenade policière. À Tours, un autre a perdu l'usage d'un œil après un tir de lanceur de balles de défense. Des affaires qui ont conduit le ministère à suspendre temporairement l'utilisation d'un modèle de grenade, sans remettre en cause sa doctrine générale de maintien de l'ordre.
Trente-six enquêtes ouvertes sur les interventions policières
Auditionné mardi au Sénat, Laurent Nuñez a indiqué que l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait été saisie à 36 reprises depuis le début du mouvement. Quatre dossiers concernent des blessures mutilantes et six autres des blessures significatives. Le ministre a parallèlement rappelé que près de 900 membres des forces de l'ordre avaient également été blessés, sans préciser la gravité des atteintes recensées.
Ces chiffres interviennent dans un climat de défiance croissante entre les lycéens mobilisés et les autorités. Initialement centrée sur les conditions d'enseignement, le manque de moyens et les effectifs dans les établissements, la contestation s'est progressivement élargie à la dénonciation des interventions policières. Les images de charges, de tirs et d'interpellations diffusées sur les réseaux sociaux alimentent désormais une partie des slogans des manifestants.
Face aux critiques, Laurent Nuñez revendique une doctrine fondée sur le rétablissement de l'ordre dès lors que des violences ou des dégradations sont constatées. Le 2 octobre, sur TF1, il avait assuré n'avoir donné « aucune consigne de retenue » aux policiers. Une fermeté que le ministre distingue du principe légal de proportionnalité dans l'usage de la force.
Alliance dénonce des « injonctions contradictoires »
Le soutien affiché par la Place Beauvau ne suffit pourtant pas à satisfaire les syndicats policiers. Mercredi 14 octobre, Alliance Police nationale a annoncé une plainte contre l'État pour « mise en danger de la vie d'autrui », dénonçant des consignes contradictoires entre les déclarations publiques du ministre et les instructions transmises aux fonctionnaires sur le terrain.
Le syndicat accuse la hiérarchie de laisser les policiers exposés aux violences tout en leur imposant des restrictions difficiles à appliquer. Cette contestation intervient alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a fait état mercredi de 937 policiers et gendarmes blessés depuis le début de la mobilisation, dont 40 lors de la seule journée de mardi.
La ligne gouvernementale apparaît d'autant plus délicate qu'Emmanuel Macron a demandé, début octobre, davantage d'empathie et de pédagogie dans la gestion du mouvement. Laurent Nuñez avait alors assuré que le chef de l'État ne lui reprochait aucune répression disproportionnée. La suspension des grenades EF-SON, annoncée après la blessure du lycéen de Lens, demeure à ce stade la principale modification apportée à l'arsenal utilisé face aux manifestations.





