La campagne devait permettre à la gauche sociale-démocrate de se trouver un candidat pour 2027. Elle aura surtout révélé l'étendue de ses fractures. Après trois débats télévisés, les cinq prétendants à l'investiture ont consacré une grande partie de leurs affrontements à une question qui empoisonne les relations entre socialistes depuis la fin du Nouveau Front populaire : faut-il définitivement rompre avec La France insoumise ?

Vendredi 9 et samedi 10 octobre, 140 282 électeurs inscrits sont appelés à départager Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel. Derrière cette compétition se joue une bataille d'influence entre le Parti socialiste et Place publique, mais également entre les différentes sensibilités du PS. Une confrontation dont les conséquences dépasseront largement le nom du futur candidat.

Raphaël Glucksmann veut tourner la page des alliances avec Jean-Luc Mélenchon

Raphaël Glucksmann a fait de la rupture avec La France insoumise l'un des marqueurs de sa candidature. Le dirigeant de Place publique refuse de reconstruire une coalition électorale avec Jean-Luc Mélenchon et entend fédérer une gauche réformiste, européenne et indépendante des insoumis. Une position également défendue par Jérôme Guedj, qui réclame une clarification des alliances avant la présidentielle.

Olivier Faure suit une autre ligne. Sans défendre un retour à l'identique du Nouveau Front populaire, le premier secrétaire du PS refuse de transformer le rejet de LFI en préalable absolu à toute stratégie de rassemblement. Une différence qui s'est imposée au fil des débats, jusqu'à reléguer au second plan une partie des discussions programmatiques.

Lors de leur dernière confrontation, dimanche 4 octobre sur BFMTV, près de trois quarts d'heure ont été consacrés à cette question. Le ton est monté entre les concurrents, chacun accusant l'autre de compromettre les possibilités de rassemblement. Selon le compte rendu du Monde, les divergences stratégiques ont dominé la dernière séquence de cette campagne.

Le désaccord ne se limite pas à une rivalité personnelle. Il oppose deux conceptions du rapport de la gauche au pouvoir : l'une privilégie une recomposition politique sans les insoumis, l'autre refuse de condamner par avance les compromis électoraux susceptibles de réunir plusieurs formations.

Au Parti socialiste, un scrutin qui ressemble à un congrès

Cette fracture traverse directement le Parti socialiste. Olivier Faure, dont la direction a longtemps défendu les accords avec LFI, affronte notamment Jérôme Guedj, partisan d'une séparation plus nette avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Raphaël Glucksmann, qui représente Place publique, entend quant à lui affirmer une autorité politique distincte de celle du premier secrétaire socialiste. Une victoire lui donnerait l'investiture de cet espace social-démocrate sans pour autant lui assurer le contrôle de l'appareil du PS.

La présence de Ségolène Royal et d'Emmanuel Maurel accentue la diversité des sensibilités en compétition. L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 défend sa propre conception du rassemblement, tandis que le représentant de la Gauche républicaine et socialiste insiste sur la nécessité de ne pas réduire le débat aux seules alliances partisanes.

Cette multiplication des candidatures a conduit plusieurs observateurs à comparer la primaire à un congrès socialiste élargi. Les trois débats ont permis d'exposer les différences entre les prétendants, mais aussi leurs rivalités anciennes, au risque d'entretenir l'image d'une famille politique davantage préoccupée par ses équilibres internes que par la confrontation avec ses adversaires.

Une investiture commune, mais aucune garantie de rassemblement

Les organisateurs peuvent néanmoins se prévaloir d'une mobilisation supérieure à leurs premières attentes. Selon les chiffres définitifs communiqués mardi par la commission d'organisation, 140 282 électeurs se sont inscrits pour participer au premier tour. Une participation dont le niveau effectif ne sera connu qu'après la clôture du scrutin, samedi à 20 heures.

Les cinq candidats se sont engagés à soutenir le vainqueur. Cet accord constitue le principal acquis politique de la procédure : les formations participantes doivent disposer d'un candidat unique, désigné par le vote, plutôt que par une négociation entre appareils.

Mais cet engagement ne lie ni La France insoumise ni les autres forces restées à l'écart. La primaire pourrait donc produire une candidature commune à une partie de la gauche, sans mettre fin à la concurrence entre plusieurs prétendants lors de la présidentielle.

Un second tour est prévu les 16 et 17 octobre si aucun candidat n'obtient la majorité dès cette semaine. Son issue déterminera le nom du candidat investi, mais également le poids respectif des différentes stratégies défendues pendant la campagne.