La victoire des démocrates aux élections américaines de mi-mandat provoque un violent retournement à Wall Street. Jeudi 5 novembre, le Nasdaq, indice dominé par les valeurs technologiques, a plongé de 5,52 % à la clôture, sa plus importante baisse quotidienne depuis avril 2025 et l'annonce des droits de douane de Donald Trump. En une séance, quelque 2 500 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés.

La déroute s'est étendue à l'ensemble de la cote américaine. Le S&P 500 a reculé de 4,35 % et le Dow Jones de 3,44 %, effaçant les gains enregistrés la veille. Le Nasdaq est désormais entré en territoire de correction, avec une baisse de près de 12 % depuis son record du 6 octobre.

Nvidia perd 9 %, AMD s'effondre de 17 %

Les entreprises qui avaient porté l'envolée boursière de l'intelligence artificielle figurent parmi les principales victimes. Nvidia, premier fournisseur mondial de puces destinées à l'IA, a abandonné 9,3 % jeudi, tandis que son concurrent AMD s'est effondré de 17,3 %. L'indice des semi-conducteurs de Philadelphie a perdu près de 12 %.

Les entreprises spécialisées dans les centres de données ont également été sanctionnées. CoreWeave a chuté de près de 10 %, Nebius de 15 % et IREN de près de 17 %. Ces sociétés, qui investissent massivement dans les infrastructures informatiques nécessaires au développement de l'IA, sont particulièrement exposées aux coûts de financement et aux perspectives de croissance du secteur.

« Le marché passe des promesses de l'intelligence artificielle à son coût », résume Ted Parkhill, fondateur du gestionnaire d'investissements Incline Investment Management, cité par Reuters. Les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur la rentabilité des centaines de milliards de dollars engagés dans ces infrastructures.

La vague démocrate menace les centres de données

Le résultat des midterms du 3 novembre a renforcé ces inquiétudes. Avec leur victoire au Congrès et dans plusieurs États, les démocrates disposent de nouveaux leviers pour encadrer le développement de l'intelligence artificielle, notamment la construction de centres de données, particulièrement gourmands en électricité et en eau.

Au Texas, devenu l'un des principaux territoires d'implantation de ces installations, la nouvelle gouverneure démocrate Gina Hinojosa s'est notamment engagée à suspendre les nouveaux projets. À l'échelle nationale, plusieurs élus souhaitent également protéger les consommateurs contre les hausses des factures d'électricité liées à l'essor des infrastructures numériques.

« Les investisseurs semblent prendre conscience que certains nouveaux élus souhaitent ralentir le développement des infrastructures d'intelligence artificielle », explique Melissa Brown, responsable mondiale de la recherche sur les décisions d'investissement chez SimCorp, interrogée par Reuters.

Selon les estimations de la banque UBS, environ 30 % des nouvelles capacités américaines de centres de données prévues pour 2028 pourraient être menacées par d'éventuelles suspensions de construction.

Une défiance déjà installée avant les élections

La victoire démocrate intervient toutefois dans un marché déjà fragilisé par plusieurs mois de doutes sur les valorisations du secteur technologique. Les résultats décevants d'Intel et les interrogations sur la demande en semi-conducteurs avaient commencé à peser sur les cours avant même le scrutin.

Le financement de l'intelligence artificielle suscite également des inquiétudes. Plusieurs entreprises ont contracté des dettes considérables pour acquérir des processeurs et construire des installations informatiques, sans disposer encore de revenus suffisants pour garantir la rentabilité de ces investissements.

Cette nervosité dépasse les seules entreprises technologiques. Jeudi, GE Vernova, fournisseur d'équipements énergétiques pour les centres de données, a perdu 7,5 %. Les marchés obligataires ont parallèlement bénéficié d'un mouvement de recherche de sécurité : le rendement des emprunts américains à dix ans est passé de 4,90 % à 4,84 %, témoignant d'un repli des investisseurs vers la dette souveraine.