La dernière séance d’octobre a tourné à la déroute pour les valeurs technologiques américaines. Vendredi 30 octobre, le Nasdaq a perdu 2,86 %, sa plus forte baisse quotidienne depuis juin, tandis que le S&P 500 a cédé 1,82 % et le Dow Jones 1,09 %. En deux jours, les publications d’Alphabet, d’Amazon et d’Intel ont suffi à faire vaciller une Bourse qui avait longtemps salué sans réserve la course à l’intelligence artificielle.
Depuis son sommet du 6 octobre, le Nasdaq a abandonné 7,8 %. Les investisseurs ne contestent pas l’essor de l’IA, mais ils s’interrogent sur le prix de cette course : combien faudra-t-il encore dépenser dans les centres de données et les puces avant que les recettes ne suivent ?
Google perd près de 500 milliards de dollars en une séance
Jeudi, Alphabet, la maison mère de Google, a chuté de 12,6 % en Bourse, effaçant près de 480 milliards de dollars de capitalisation. Le groupe a pourtant publié un chiffre d’affaires trimestriel en progression de 25 %, à environ 127 milliards de dollars. Mais le ralentissement de la croissance des recettes publicitaires liées à son moteur de recherche et la flambée de ses investissements ont refroidi Wall Street.
Alphabet a consacré 51,4 milliards de dollars à ses investissements au troisième trimestre. Son flux de trésorerie disponible est ressorti négatif de 9,1 milliards. L’entreprise doit financer des outils d’IA qui pourraient, à terme, détourner une partie des internautes des liens de recherche traditionnels, dont elle tire une part essentielle de ses revenus publicitaires.
Amazon a subi le même examen jeudi soir. Ses ventes ont progressé de 12 %, à 201,9 milliards de dollars, légèrement sous les attentes, malgré un bond de 39 % des revenus de sa branche cloud AWS. Le groupe prévoit toujours 220 milliards de dollars de dépenses d’investissement en 2026. Sur douze mois, son flux de trésorerie disponible est passé de 14,8 milliards de dollars positifs à 42,4 milliards négatifs. Meta, de son côté, prévoit jusqu’à 145 milliards de dollars d’investissements cette année.
Intel perd près de 30 %, les fabricants de puces dévissent
Vendredi, Intel a perdu 28,6 % après avoir annoncé des perspectives inférieures aux attentes pour la fin de l’année. Le fabricant de processeurs subit la faiblesse du marché des ordinateurs personnels, affecté notamment par la hausse des prix des mémoires. Ses prévisions de chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre sont inférieures de plus d’un milliard de dollars aux estimations de Wall Street.
« Cette semaine, et pas seulement aujourd’hui, a largement porté sur l’avenir de l’IA, sur la possibilité d’un retour sur investissement et sur le délai nécessaire pour l’obtenir », a expliqué Oliver Pursche, responsable chez Wealthspire Advisors, à Reuters. Les dépenses des géants du numérique, longtemps interprétées comme un signe de puissance, sont désormais scrutées à l’aune de leur rentabilité.
Les comptes des sociétés américaines sont pourtant loin d’être tous mauvais : selon LSEG, 82 % des 299 entreprises du S&P 500 ayant déjà publié leurs résultats trimestriels ont dépassé les attentes. Sur les marchés, la défiance a surtout frappé les fournisseurs de technologies : AMD a reculé de 10,9 %, Nvidia de 4,2 %, tandis que Dell et HP ont respectivement perdu 10,8 % et 9,6 %. L’indice des semi-conducteurs a lâché 7,2 % vendredi.






