Le redressement de l’économie française semble de plus en plus incertain. Après une amélioration observée en septembre, l’activité du secteur privé s’est de nouveau contractée en octobre, selon l’enquête préliminaire publiée vendredi 23 octobre par S&P Global et rapportée par Reuters. L’indice PMI composite, qui mesure l’évolution de l’activité dans les services et l’industrie manufacturière, est tombé à 48,4 points, contre 51,1 le mois précédent. Ce résultat se situe sous le seuil de 50 points qui distingue expansion et contraction et loin des 50,5 points attendus par les économistes interrogés par l’agence de presse.
Cette dégradation intervient alors que la France traverse une période de forte instabilité politique, sur fond de tensions sociales et de difficultés budgétaires. Les entreprises doivent également faire face à un renchérissement de l’énergie et du financement. Le retournement est particulièrement marqué dans les services, dont l’indice est passé de 51,2 à 48,4 points, tandis que celui de l’industrie manufacturière a reculé de 50,6 à 49,3 points. Selon Joe Hayes, économiste chez S&P Global Market Intelligence, le rebond observé en septembre aura été de courte durée, sous l’effet de conditions financières plus restrictives et d’une pression politique accrue.
Les entreprises revoient leurs perspectives de recrutement et d’investissement
L’inquiétude ne concerne pas seulement l’activité du mois écoulé. Dans l’enquête de S&P Global, les anticipations des entreprises pour les douze prochains mois sont tombées à leur plus bas niveau depuis six ans et demi. Le recul des nouvelles commandes, le plus important depuis mai, laisse entrevoir une demande moins dynamique. La détérioration des carnets de commandes risque de peser sur les recrutements et les investissements, alors que les entreprises abordent la préparation de leurs budgets pour 2027.
Les enquêtes de l’Insee apportent toutefois un éclairage plus nuancé. Selon les données publiées le 22 octobre, l’indicateur du climat des affaires a légèrement progressé pour atteindre 97 points, soit un point de plus qu’en septembre, mais reste inférieur à sa moyenne de longue période de 100. Cette amélioration masque de fortes disparités sectorielles. Le climat des affaires atteint 105 dans l’industrie, contre seulement 93 dans le commerce de détail et 95 dans le bâtiment. L’indicateur du climat de l’emploi a perdu trois points, à 95.
La divergence entre les deux enquêtes s’explique notamment par leurs méthodes et par les dimensions de l’activité qu’elles mesurent. Elle ne remet cependant pas en cause la fragilité de la conjoncture. Le commerce de détail demeure pénalisé par les difficultés de consommation, tandis que les entreprises dépendantes du crédit sont exposées au renchérissement des financements. Les industriels exportateurs peuvent, à l’inverse, connaître une situation plus favorable que les acteurs tournés vers le seul marché français.
Les taux français ont franchi 5 %, avant un répit sur les marchés
À ces difficultés s’ajoute une pression croissante des marchés obligataires. Le 21 octobre, le rendement des obligations françaises à dix ans a franchi le seuil de 5 % pour la première fois depuis 2002, selon Reuters. L’écart avec les rendements allemands, référence de la zone euro, a ensuite dépassé 170 points de base. Cette différence mesure la rémunération supplémentaire exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt que des obligations allemandes.
Le mouvement n’a toutefois pas été linéaire : après la décision de Moody’s de maintenir la note souveraine de la France à Aa3, avec une perspective négative, les obligations françaises ont rebondi le 26 octobre et le rendement à dix ans est revenu autour de 4,9 %. Ce répit ne gomme ni l’ampleur de la hausse précédente ni les inquiétudes liées à l’adoption du budget. Selon les projections officielles, le déficit devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026, avant de revenir à 5 % en 2027, tandis que la charge des intérêts de la dette passerait de 79,2 à 91,2 milliards d’euros.
Pour les entreprises et les ménages, les effets peuvent se transmettre par le crédit. Les banques adaptent leurs conditions de financement à l’évolution des taux de marché, ce qui peut renchérir les nouveaux prêts immobiliers, ralentir les projets des PME et freiner la construction. Dans ce contexte, le gouvernement continue d’afficher une prévision de croissance de 1 % en 2027, après 0,5 % attendu en 2026. Cette hypothèse repose notamment sur une amélioration de l’environnement international, alors que les enquêtes d’octobre mettent en évidence la faiblesse actuelle de la demande.




