Plusieurs milliers de personnes ont répondu vendredi soir à l’appel du maire de Trappes, Ali Rabeh, pour rendre hommage aux victimes de l’attentat du 23 octobre. Sur la scène dressée sous une banderole proclamant « Contre le racisme, choisir la République », l’élu de Génération.s a prononcé un discours particulièrement offensif contre le Rassemblement national, qu’il accuse d’avoir contribué à installer le climat de haine ayant précédé l'attaque.

Une semaine plus tôt, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, était abattu à Trappes par un homme qui a ensuite poursuivi sa course meurtrière jusqu’à La Verrière. Sept autres personnes ont été blessées, parmi lesquelles une fillette de 12 ans grièvement touchée. Le suspect, un Français de 39 ans, a été mis en examen jeudi pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante de racisme.

« Le Rassemblement national a assuré la transmission de la haine »

Devant la foule, Ali Rabeh a directement interpellé les dirigeants du RN, évoquant leurs déclarations successives sur l’immigration et l’islam. « Le Rassemblement national a assuré la transmission de la haine à travers les décennies », a lancé le maire, sous les applaudissements. Il a notamment rappelé les propos de Jordan Bardella, qui avait présenté Trappes comme une république islamique en miniature et appelé à « rendre Trappes à la France ».

Pour l’élu, le rapprochement avec les déclarations du suspect est troublant. Durant sa garde à vue, ce dernier a expliqué avoir choisi Trappes parce qu’il considérait la ville comme un repaire d’islamistes. Ali Rabeh estime que les discours politiques visant régulièrement les populations musulmanes ont contribué à désigner des cibles potentielles.

Les investigations ont également révélé la présence, au domicile du suspect, d’un exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, et de 30 autocollants fabriqués par ses soins faisant référence au Rassemblement national. Ces découvertes ne permettent toutefois pas d’établir une responsabilité du parti dans l’attentat. Le suspect affirme n’être ni adhérent ni sympathisant d’une formation politique. Le RN récuse tout lien avec lui.

Une gauche réunie à six mois de la présidentielle

Le rassemblement a également pris une dimension politique avec la présence de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Marine Tondelier et Ségolène Royal. Des responsables rarement réunis depuis les divisions de la gauche se sont retrouvés dans la même foule pour dénoncer la progression du racisme et soutenir les habitants des deux communes endeuillées.

Marine Tondelier a notamment regretté le risque de voir le drame rapidement disparaître du débat public. La secrétaire nationale des Écologistes a également interrogé l’absence de représentants de la droite au rassemblement de Trappes, affirmant que toutes les formations avaient été conviées.

Quelques heures auparavant, une autre cérémonie s’était tenue à La Verrière, en présence notamment de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, et d’Édouard Philippe, candidat à l’élection présidentielle de 2027. L’ancien premier ministre y a dénoncé le racisme, qu’il considère comme un poison pour la société française.

Une enquête qui confirme le mobile raciste

Les révélations du Parquet national antiterroriste ont donné une nouvelle portée aux accusations formulées lors de l’hommage. Selon le procureur Olivier Christen, le suspect a reconnu avoir volontairement recherché des personnes qu’il percevait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines. Les enquêteurs ont recensé huit scènes de crime et au moins 128 tirs sur un parcours d’environ 12 kilomètres.

La qualification terroriste et la circonstance aggravante de racisme ont été retenues lors de sa mise en examen. L’homme, placé en détention provisoire, conteste néanmoins toute intention terroriste. À ce stade, aucune implication opérationnelle du Rassemblement national n’a été établie par les enquêteurs.

Ali Rabeh réclame désormais un durcissement de la législation contre les discours racistes. Invité de France Inter vendredi matin, il a notamment demandé l’interdiction légale de la théorie du « grand remplacement », quelques heures avant de retrouver les habitants de Trappes pour l’hommage aux victimes.