L’avance du camp de Benyamin Netanyahou n’a pas suffi à lui garantir une majorité parlementaire. Au terme du dépouillement des législatives du 27 octobre, les résultats publiés dans la nuit de jeudi à vendredi accordent 53 sièges sur les 120 de la Knesset à son alliance de droite et d’extrême droite, contre 48 au bloc d’opposition emmené par Gadi Eisenkot. Huit députés manquent au Premier ministre pour atteindre le seuil de 61 sièges.
Le Likoud demeure le premier parti avec 27 élus, contre 32 en 2022, devant Yashar, la formation centriste de Gadi Eisenkot (21 sièges). La participation a atteint 77,9 %, son plus haut niveau depuis 1999, avec 5,7 millions de votants. Première consultation depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le scrutin intervient après trois années de guerre et de controverses sur les opérations israéliennes à Gaza.
Dix-neuf députés arabes au centre des négociations
Le changement majeur vient des deux listes représentant les citoyens arabes d’Israël, qui remportent 19 sièges, presque le double de leur représentation précédente. La Liste unifiée en obtient 11 et Raam, dirigé par Mansour Abbas, huit. Si ces élus soutenaient les 48 députés du bloc anti-Netanyahou, celui-ci pourrait compter sur 67 voix. Sur le papier, les partis arabes disposent donc des sièges qui manquent à l’opposition.
Cette addition se heurte cependant aux lignes rouges de plusieurs de ses dirigeants. Ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot a écarté une coalition incluant les partis arabes. Avigdor Lieberman refuse également cette perspective. À gauche, Yair Golan, dirigeant des Démocrates, appelle au contraire à « ne plus accepter la division raciste de Netanyahou entre les voix juives et les voix arabes ». Benyamin Netanyahou prévient de son côté : « Nous ne devons pas mettre Israël en danger en formant un gouvernement qui dépendrait de partis arabes antisionistes. »
Les discussions ont commencé entre Gadi Eisenkot et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett. L’hypothèse d’un gouvernement minoritaire, appuyé de l’extérieur par des députés arabes, circule parmi les opposants à Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre sortant conserve ses fonctions pendant ces tractations. En 2022, son alliance avait remporté 64 sièges et disposait d’une majorité parlementaire.
Une polémique sur la régularité du scrutin
Jeudi, le Likoud a accusé les formations arabes d’irrégularités électorales, évoquant des achats de voix et des financements présumés venus du Qatar. Aucune preuve d’une fraude généralisée n’a été rendue publique. Le Qatar et les partis concernés ont rejeté ces accusations, tandis que Gadi Eisenkot a reproché au Premier ministre de chercher à « délégitimer les résultats ».
La Commission électorale a assuré qu’il n’existait aucun élément attestant une atteinte systématique à la sincérité du vote. Le Shin Bet, service de renseignement intérieur, examine certains signalements, tout en avertissant que son enquête ne doit pas servir à « incriminer toute une communauté qui a voté de manière démocratique et légale ». Les vérifications en cours ne doivent pas modifier le calendrier de proclamation.
Les résultats seront officiellement remis mercredi 4 novembre au président Isaac Herzog, chargé de consulter les partis puis de désigner un responsable pour tenter de former un gouvernement. La nouvelle Knesset doit entrer en fonctions le 10 novembre. Faute d’accord, Israël pourrait connaître une nouvelle crise parlementaire : entre 2019 et 2022, le pays avait dû organiser cinq élections successives.






