Les ménages français pourraient connaître une troisième année consécutive de baisse de leur pouvoir d'achat. Dans ses nouvelles perspectives économiques publiées mercredi 14 octobre, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) prévoit un recul de 0,8 % en 2026, puis de 0,1 % en 2027, une fois les revenus rapportés à la composition des ménages. Sur trois ans, la diminution cumulée atteindrait 1,6 %.

Cette dégradation tranche avec les espoirs suscités par le ralentissement de l'inflation en 2025. Alors que les prix avaient retrouvé une progression relativement modérée, le renchérissement de l'énergie vient à nouveau peser sur les dépenses quotidiennes. Les salaires continuent d'augmenter en valeur nominale, mais pas suffisamment pour compenser tous les effets de la hausse des prix et de la détérioration du marché de l'emploi.

L'inflation repart, tirée par les dépenses énergétiques

Après avoir atteint 0,9 % en moyenne en 2025, l'inflation devrait remonter à 2,2 % en 2026, selon le scénario central de l'OFCE. Cette accélération s'explique principalement par l'évolution des prix du pétrole et du gaz, qui affecte directement les dépenses de chauffage et de carburant des ménages.

L'augmentation des coûts énergétiques peut également se répercuter sur les prix des autres produits, notamment lorsque les entreprises décident de transférer une partie de leurs dépenses supplémentaires vers leurs clients. L'ampleur de cette transmission varie toutefois selon les secteurs et les marges dont disposent les producteurs et les distributeurs.

Les prévisions de l'institut reposent sur une détente progressive des prix de l'énergie en 2027. L'inflation reviendrait alors à 1,9 % en moyenne annuelle. Mais les économistes soulignent que cette trajectoire demeure dépendante de l'évolution des tensions internationales et des marchés des hydrocarbures.

Dans un scénario plus défavorable, marqué par un baril de pétrole dépassant durablement les 100 dollars, la perte de pouvoir d'achat serait nettement plus prononcée. L'OFCE estime qu'elle pourrait atteindre 1 % en 2026, puis 0,9 % en 2027, en l'absence de nouvelles mesures publiques de soutien aux ménages.

Des salaires en hausse, mais un emploi fragilisé

Le retour de l'inflation n'est pas la seule explication du recul annoncé. La situation de l'emploi devrait également peser sur la masse des revenus distribués aux ménages. L'OFCE prévoit de nouvelles destructions nettes d'emplois salariés, qui limiteraient les effets positifs des augmentations de rémunération.

En 2026, le salaire moyen par tête progresserait de 1,9 % en valeur nominale, mais reculerait de 0,4 % une fois corrigé de l'évolution des prix à la consommation. L'année suivante, les salariés retrouveraient une légère progression de leur salaire réel, estimée à 0,3 %, sans que celle-ci suffise à inverser la tendance générale.

Cette distinction est importante. Le pouvoir d'achat ne dépend pas uniquement de l'évolution des salaires individuels. Il intègre également les revenus du patrimoine, les prestations sociales, les impôts et le nombre de personnes composant les ménages. Une amélioration des rémunérations peut donc coexister avec une diminution du niveau de vie moyen.

Les mesures budgétaires envisagées pour 2027 pourraient également limiter le soutien apporté par les prestations sociales. L'OFCE cite notamment les dispositions relatives aux pensions de retraite et à leur fiscalité, dont le contenu reste soumis au débat parlementaire.

Une consommation qui ne parvient plus à soutenir la croissance

Le recul anticipé des revenus réels devrait continuer à freiner les dépenses. Selon les économistes, la consommation des ménages ne progresserait que de 0,3 % en volume en 2026, puis de 0,4 % l'année suivante. Des rythmes particulièrement faibles pour un poste qui représente l'un des principaux moteurs de l'activité française.

Le taux d'épargne devrait parallèlement diminuer, passant de 17,8 % du revenu disponible brut en 2025 à 17,2 % en 2026, puis à 17 % en 2027. Cette évolution suggère qu'une partie des ménages pourrait puiser davantage dans ses ressources pour maintenir ses dépenses.

Ces moyennes masquent néanmoins d'importantes différences. Les ménages disposant d'une épargne et de revenus financiers peuvent bénéficier d'une remontée de la rémunération de leurs placements, tandis que ceux qui consacrent une part élevée de leurs ressources aux dépenses contraintes restent particulièrement exposés à l'inflation.