Le chiffre détonne dans une spécialité où les progrès se mesurent souvent en semaines : 21,1 mois de survie médiane, contre 12,7 mois avec le traitement de référence. Présentés samedi 24 octobre au congrès européen de cancérologie (ESMO), à Madrid, les résultats d'un essai international ouvrent une perspective inédite pour les malades atteints d'un cancer du poumon à petites cellules au stade étendu. Le risque de décès a été réduit de 58 % pendant l'étude, sans que cela signifie que 58 % des patients aient été sauvés.

« Obtenir une médiane de survie de près de deux ans, c'est du jamais-vu dans ces cancers », souligne Nicolas Girard, pneumologue à l'Institut Curie, cité par Le Monde. Fortement associée au tabagisme, cette tumeur représente environ 15 % des cancers pulmonaires. Lorsqu'elle s'est disséminée à distance, les rechutes surviennent souvent très vite, même après une première réponse à la chimiothérapie.

Huit mois de survie supplémentaires

Publié dans le New England Journal of Medicine, l'essai de phase 3 DeLLphi-305 a réuni 563 patients dont la maladie n'avait pas progressé après une chimiothérapie associée au durvalumab, une immunothérapie déjà utilisée en première ligne. La moitié a ensuite reçu ce médicament seul ; l'autre, son association avec le tarlatamab, un anticorps d'un nouveau type. Un an après le début de ce traitement d'entretien, 79 % des patients sous double immunothérapie étaient encore en vie, contre 53 % dans le groupe témoin.

L'écart est tout aussi net sur la durée de contrôle de la tumeur : la survie médiane sans progression atteint 7,4 mois avec la combinaison, contre 1,9 mois avec le durvalumab seul. Ce bénéfice a également été observé chez les participants présentant des métastases cérébrales ou hépatiques. Il concerne toutefois des patients sélectionnés parce que leur cancer n'avait pas progressé sous le premier traitement.

Prendre le cancer de vitesse

La nouveauté tient autant au calendrier qu'au médicament. Le tarlatamab peut déjà être utilisé après une rechute. Or l'évolution fulgurante de la maladie empêche nombre de malades d'accéder à cette deuxième ligne. Les chercheurs ont donc choisi de l'administrer plus tôt, après la chimiothérapie, avant que la tumeur ne reprenne l'avantage.

Contrairement au durvalumab, qui lève certains freins du système immunitaire, le tarlatamab agit comme un intermédiaire. Cet anticorps dit « bispécifique » s'accroche à la fois à une protéine des cellules tumorales, DLL3, et aux lymphocytes T, chargés de les détruire. En rapprochant les deux, il dirige la réponse immunitaire contre le cancer.

Une efficacité qui ne gomme pas les risques

Des effets indésirables sévères, de grade 3 ou supérieur, ont touché 46,8 % des malades sous association, contre 40,6 % avec le seul durvalumab. Près d'un patient sur deux a présenté un syndrome de libération de cytokines, réaction inflammatoire due à l'activation brutale des défenses immunitaires, le plus souvent de faible ou moyenne intensité. Le suivi médian de l'essai reste d'environ seize mois, appelant des observations plus longues.

En Europe, le tarlatamab a obtenu fin mai une autorisation pour les patients en rechute après chimiothérapie, mais pas pour cette utilisation précoce en association. En France, où il bénéficie d'un dispositif d'accès précoce dans certaines situations, son élargissement dépendra notamment des évaluations réglementaires et de la négociation de son prix. L'essai a été financé par Amgen et AstraZeneca.